Femmes, guerre et féminisme.
Echec de l'égalité, échec de la différence
1.Par Andrea D'Atri2.
Cela fait plus d'un an que la guerre en Irak a pris fin. Mais il ne s'agit que d'une fin formelle puisque jour après jour les assassinats, les combats, les tortures continuent ... La guerre a commencé le jour de la Fête des Mères dans le monde arabe. Et, les premières victimes des bombardements avaient des visages de femme : une adolescente de quatorze ans, blessée à la jambe et au ventre alors qu'elle prenait son petit-déjeuner chez elle ainsi que sa sœur et sa nièce d'à peine un an, blessées toutes deux alors que la première donnait le sein à sa fille3.
Le slogan " Non à la guerre " a traversé tous les continents, et bien des groupes et des courants féministes ont participé aux diverses initiatives anti-guerre. Au sein de certains de ces courants, nombreuses étaient celles qui dénonçaient la violence comme étant une conduite exclusivement masculine, les conflits armés comme étant l'apanage de l'homme patriarcal et qui érigeaient les femmes en architectes de paix et en porte-drapeaux naturels d'une éthique d'amour.
Mais au cours du conflit nous avons également pu voir une réalité cruelle au sein de laquelle en tant que femmes nous n'étions pas simplement victimes. Récemment, des photos et des bandes vidéo montrant des soldates américaines en train de faire subir toutes sortes d'abus sexuels, de tortures et de vexations à des prisonniers irakiens ont fait le tour du monde. Bien des féministes ont préféré garder le silence ou se sont limitées à souligner que les femmes incriminées avaient des conduites patriarcales4. La réponse est-elle si simple ? En réalité, le féminisme -celui de l'égalité comme celui de la différence- ne peut expliquer le pourquoi des guerres et n'est pas non plus suffisant pour penser une politique qui puisse affronter l'impérialisme dont le mode de domination sème la mort et la terreur.
Les femmes doublement victimes
" Qu'est-ce qu'il fait froid, avec ce canon d'acier qui m'annule le cœur. Je ne sais pas s'il vont tirer avec ou bien me l'enfoncer encore plus jusqu'à traverser mon cerveau qui tourne comme une toupie. Six d'entre eux, médecins monstrueux cachés sous des masques noirs, me pénètrent également avec des bouteilles. Et avec des tubes et un manche à balai "
Eve Ensler5
Pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988 au cours de laquelle les Etats-Unis ont armé Saddam Hussein contre le gouvernement iranien, des centaines de milliers d'hommes ont perdu la vie et la société s'est appauvrie considérablement. Au cours de ces années-là, le nombre de femmes seules, chefs de foyer, a augmenté et sous les coups du deuil et de la douleur les Irakiennes ont été massivement intégrées à l'appareil productif et à l'administration publique.
Avec la Guerre du Golfe livrée en 1991 par Bush père contre son ancien allié, cette tendance s'est inversée. Conséquence directe de la guerre avec la paupérisation et le recul général de la société irakienne, le chômage et la misère ont augmenté. Les femmes ont perdu leur travail soit en raison de la fermeture et de la destruction des grandes entreprises industrielles du pays, soit en raison de la dégradation des infrastructures sanitaires, éducatives, etc. Au cours de ce conflit les Etats-uniens ont lancé des bombes à l'uranium appauvri qui ont causé des cancers et d'autres maladies qui ont frappé des milliers d'Irakiens. De plus, l'imposition des sanctions onusiennes au sortir de la guerre ont fait souffrir la population civile plus que la guerre elle-même. Les chiffres sont sans appel : " en un peu moins d'une décennie, le taux de scolarisation est passé de 94% à 69%, la mortalité en couche a été multipliée par cinq et l'accès à l'eau potable est passé de 92% à 44%. Les coupures de courants sont quotidiens et dans la seule capitale, Bagdad, 50.000 foyers sont privés d'électricité6 ".
Beaucoup d'enfants dans les zones rurales ont dû abandonner l'école en raison du manque d'infrastructures ; plus de cent mille adolescents et jeunes sont sortis du circuit éducatif chaque année afin d'aider leur famille, et cela notamment dans les campagnes. D'après les chiffres fournis par l'ONU, le manque d'installations commençait par l'absence de moyens, même les plus basiques tels que les crayons, le papier, alors qu'un pupitre devait être partagé en moyenne par quatre enfants et la plupart des écoles ne disposaient même pas d'un nécessaire de premier secours.
Au cours de cette période, le manque de médicaments, instruments et infrastructures sanitaires ont fait que, bien des fois, seules les opérations en urgence pouvaient être réalisées alors que les césariennes étaient pratiquées avec une dose minime d'anesthésiant chez les femmes enceintes. Il n'y avait pas de médicaments pour ceux qui souffraient de pathologies chroniques comme le diabète ou la tension. Le nombre de fausses couches, d'enfants mort-nés et de prématurés a considérablement augmenté, conséquence directe de la tension psychique et sociale, du niveau de vie catastrophique, de la difficulté et du manque d'accès aux soins. Altérations des règles, perte de cheveux, problèmes cutanés, insomnies et perte de poids étaient le lot quotidien des femmes irakiennes.
Au cours de la Seconde Guerre d'Irak, lorsque les bombes de Bush fils ont recommencé à tomber sur le sol irakien, bien des femmes faisaient vivre leur famille en ne vendant que du pain, quelques légumes ou étant réduites à la mendicité dans les rues7.
Aujourd'hui, les rafles et les emprisonnements massifs font partie de la réalité quotidienne alors que des dizaines de milliers d'Irakiens et d'Irakiennes sont toujours ou ont été emprisonnés dans douze centres pénitentiaires sous les ordres de la coalition impérialiste. Le Centre de l'Observatoire de l'Occupation à Bagdad, une ONG qui travaille dans la région, ainsi que certains médias arabes avaient publié, bien avant que le scandale des photos d'Abou Ghraïb n'éclate, quelques témoignages de femmes qui avaient été retenues dans ces centres.
Une de ces femmes a témoigné. On l'avait enfermée dans une pièce dont la seule fenêtre était condamnée par des briques et la porte barrée de plaques métalliques. " J'ai essayé de me repérer dans cette pièce en m'aidant de mes mains. Il y avait des lits métalliques avec des couvertures. Je me suis assise sur l'un de ces lits. J'ai alors entendu quelques chose dans la pièce. J'étais terrorisée, je pensais que c'était un serpent. Quelque chose me griffa le pied. Je me rendis compte qu'il s'agissait d'un rat. Je me suis assise alors avec les jambes croisées, sur le lit (...). J'ai commencé à réciter des versets du Coran. J'étais inquiète pour ma mère qui est paralytique, et pour mes sœurs (...). J'ai alors cherché quelques chose par terre pour mettre sur mon lit. Il faisait trop chaud pour rester assise sur ce lit en fer. J'ai trouvé un morceau de carton. Je l'ai déplié et mis sur le lit. (...) J'ai essayé alors de voir quels étaient ces bruits et je me suis rendue compte qu'il y avait une caisse pleine d'ordures, de reliefs de repas. Elle était pleine de rats. L'un de ces rats m'a mordue8 ". Une autre femme nous parle en ces termes de ces jours passés en prison à Bagdad : " nous étions cinquante six femmes en tout. Les cellules donnaient sur un couloir à ciel ouvert. Il faisait très froid et avec le vent, c'était pire encore. Les maladies nous tourmentaient : infections de l'estomac, du colon, diarrhées. Nous devions nous laver à l'eau froide, puisqu'il n'y avait pas d'eau chaude. (...) Peu de temps après, ils coupèrent également l'eau froide. (...) Une détenue a été violée dix sept fois par un policier irakien, ce que les Américains savaient parfaitement. Elle n'était vraiment pas bien. Elle restait emmurée dans son silence et passait son temps à vomir. Ils l'ont emmenée et on n'a plus jamais rien su d'elle9 ".
Une autre Irakienne nous parle des tortures infligées aux femmes. " Ils m'ont obligé à charrier un seau plein d'excréments humains et de pétrole. J'ai dû remuer et remuer, alors que l'essence brûlait, jusqu'à ce que le feu ne s'éteigne. Après cela, je n'ai pas pu manger pendant des jours. Maintenant, quand je m'en souviens, ça me rend malade et j'ai envie de vomir. On m'a tenue pieds et poings liés pendant vingt-sept jours ". Une femme dont le mari était emprisonné a été amenée devant lui. Il était attaché. Un marine nord-américain l'obligeait à regarder sa femme alors que d'autres matons la violaient à plusieurs reprises. Sa sœur, lorsqu'elle fut libérée, l'a aidée pour qu'elle puisse se suicider. Ce n'est pas un cas isolé. D'autres femmes ont été assassinées par leur propre famille qui ne pouvait supporter les humiliations.
La guerre est pour les femmes la plus horrible des barbaries. On voit dans les conflits de jeunes orphelines condamnées à prendre soin de leurs frères et sœurs en bas âge, des femmes démunies et dépossédées errer dans des villes dévastées, des jeunes filles violées par l'ennemi et répudiées par leur famille, des vieilles femmes perdues et abandonnées. Violées, malades du SIDA, obligées de se prostituer pour se procurer de la nourriture, torturées, mutilées, utilisées comme des boucliers humains, voilà le sort des femmes dans toutes les guerres, un violent coup au visage, infiniment violent, comme un viol éternel, comme les humiliations de tous les jours, mais infiniment plus insupportables.
Une réfugiée éthiopienne racontait, il y a près de dix ans, à Amnesty International " nous étions quatre, mes deux enfants, de quatre et deux ans, un guide et moi. J'étais enceinte de cinq mois. En chemin, deux hommes nous ont arrêté et nous ont demandé où nous nous dirigions. Quand nous le leur avons dit, un d'eux m'a prise à part et m'a dit 'sans sexe, tu ne passes pas'. Il m'a jetée à terre, m'a donné un coup de pied dans le ventre et m'a violée en présence de mes enfants. Il savait que j'étais enceinte, mais il n'en avait rien à faire10 ". Une autre survivante du génocide rwandais, racontait qu'en février 1994, " dans la maison de mes parents, sept hommes violèrent une veuve qui avait trouvé refuge là. Un de ces hommes dit 'un d'entre nous a le SIDA'. Et la veuve mourut peu de temps après de la maladie11 ".
D'après l'ACNUR, une agence onusienne pour les réfugiés, 80% des cinquante millions de déplacés à la suite de conflit sont des femmes. Si elles passent une frontière, elles sont alors comptabilisées comme des réfugiées, mais lorsqu'elles sont déplacées dans leur propre pays elles n'ont droit à rien et il n'existe aucun mécanisme pour leur venir en aide quand elles sont victimes d'abus.
En Bosnie, deux cent mille femmes ont été violées par les Forces serbes dans le cadre de la politique de " nettoyage ethnique ". Dans toutes les guerres, les bases militaires sont entourées de bordels et de maisons closes. Dernièrement, les médias ont révélé que les Forces armées " démocratiques " de l'OTAN et de l'ONU déployées au Kosovo gèrent des réseaux de prostitution. Amnesty International demande à l'Union Européenne d'intensifier légalement et financièrement la lutte contre le trafic de femmes au Kosovo où les " forces internationales de paix " apportent des clients aux proxénètes.
Pour les femmes, les horreurs de la guerre sont différentes que pour les hommes : elles reçoivent des rations alimentaires moins importantes, ont leur refuse toute assistance médicale et bien des fois elles sont totalement dépouillées de leurs biens. Si elles ne meurent pas sous les bombes dès le conflit commencé, elles meurent à petit feu, victimes de toutes sortes de vexations et d'abus ou alors elles survivent en essayant de reconstruire une vie qui ne sera jamais la même.
L'égalité des chances pour bombarder et torturer
La nouveauté de cette guerre, ce n'est ni la quantité de victimes ni les souffrances qu'endurent les Irakiennes, conséquences directes de l'attaque impérialiste. Ce qui a suscité un grand débat, car il s'agit d'un fait relativement nouveau, c'est la présence de femmes au sein des troupes de la coalition.
Parmi les troupes ayant envahi l'Irak, un soldat sur dix est en fait une soldate. Parmi ces femmes, une sur sept est entraînée pour participer aux combats. Elles sont 7% au sein des Marines, et près de trois cents femmes pilotes ont réalisé des missions d'approvisionnement et de soutien aux troupes. Quelques mois avant l'attaque contre l'Irak, c'est au cours de l'agression contre l'Afghanistan que pour la première fois une femme a piloté un chasseur bombardier et que certains avions ont été totalement commandés par des officiers femmes.
Parmi les sept soldats états-uniens incriminés dans l'affaire des tortures et des abus d'Abou Ghraïb, trois sont des femmes. Il s'agit des gardiennes de sécurité Megan Ambuhl et Sabrina Harman et de la soldate Lynndie England. La prison était dirigée par une femme, le Général Janis Karpinski. Le plus haut gradé des services de renseignement américain en Irak est également une femme, le Commandant en chef Barbara Fast. Et la Conseillère à la Sécurité Intérieure des Etats-Unis, un des organismes responsables de la déclaration de guerre contre l'Irak, est également une femme, Condoleeza Rice. Voici donc les autres femmes de cette guerre.
Bien que ce ne soit pas la première fois que des femmes jouent un rôle de premier ordre dans une guerre, il est certain cependant que la proportion de femmes dans les armées des pays de la coalition est plus élevée qu'auparavant et leur participation ne s'est pas limitée à des tâches d'arrière-garde comme au cours des conflits antérieurs : les femmes ont piloté, bombardé et même torturé avec la même égalité des chances que les hommes.
Après la guerre du Vietnam, les Etats-Unis ont dû supprimer le service militaire obligatoire en raison du discrédit dont souffrait cette institution aux yeux des masses. C'est alors que la participation des femmes au sein de l'armée a commencé à augmenter. A la suite de la politique baptisée " All Volunteer Force ", le pourcentage d'hommes enrôlés au sein des Forces armées a commencé à décroître par rapport à celui des femmes qui montait vertigineusement.
Au cours de la Première Guerre du Golfe menée par Bush père, les femmes constituaient 11% des forces déployées dans la région. Leurs tâches militaires se limitaient à des postes relativement protégés et elles ne participaient pas directement aux combats. Dès la fin de la guerre, Bush créa une commission de spécialistes chargée d'analyser la possibilité pour les femmes de participer aux actions militaires. Au bout du compte, en 1994, toutes les restrictions empêchant les femmes d'occuper n'importe quel poste au sein des Forces armées ont été supprimées et le Secrétaire à la Défense a alors permis l'intégration des femmes dans toutes les catégories militaires. A partir de ce moment-là, on créa 260.000 nouveaux postes pour des femmes.
Cette tendance n'est pas simplement propre aux Etats-Unis. En Espagne, il y a deux ans, un train a parcouru le pays en vantant les avantages que représente le fait de s'enrôler, parlant des caractéristiques modernes et de l'égalité des sexes et de genre propres à l'Armée espagnole. En Grande-Bretagne, le Secrétaire à la Défense a accusé les officiers refusant l'entrée des femmes dans l'armée de " ne pas permettre la modernisation et la démocratisation des forces armées12 ".
Désormais, la guerre d'Irak sera associée pour les masses du monde entier aux photos des tortures perpétrées à Abou Ghraïb. Cependant, les Etats-Unis avaient eu auparavant l'ambition de créer, pour la première fois, une image d'héroïsme transmise par l'ensemble des médias de la planète. Ce parangon d'héroïsme était incarné par une soldate. Bien que plus tard il a été démontré que cette opération était montée de toutes pièces, créée exclusivement à des fins de propagande, le cas de Jessica Lynch, " libérée " d'un hôpital à Nassirya, a occupé les unes des principaux journaux du monde entier.
Aussi longtemps qu'a duré le mensonge, le cas Lynch a provoqué un débat intense et généralisé. Des cercles féministes en passant par les spécialistes de la guerre, tous se posaient la même question : les femmes doivent-elles combattre au cours des conflits.
Certaines porte-parole de l'égalité des chances pour les femmes dans l'Armée ont eu peur que l'image de la jeune Jessica -soi-disant violée par des soldats irakiens, abandonnée dans un hôpital avec les jambes brisées- apporte plus d'arguments aux politiques et militaires qui pensent que les femmes ne devraient pas participer aux opérations à risques. "Ceci est horrible. Je pense que les Américains ont peur pour tous les prisonniers de guerre et pas seulement pour les femmes. Mais je ne crois pas que ces faits doivent nous faire revenir en arrière" a déclaré le capitaine à la retraite Lory Manning, responsable de "Femmes Militaires", projet du Women's Research and Education Institute13. En même temps, une membre de la commission gouvernementale qui a étudié l'incorporation des femmes aux forces armées sous la présidence de Bush Père a déclaré : "je pense que les femmes sont préparées, mais pas assez14". Pour cette spécialiste, Elaine Donnelly, "les femmes, pour des raisons psychologiques, ne sont pas à égalité de chances pour survivre ou aider leurs camarades soldats blessés15".
Nancy Duff Campbell, du Centre National des Lois pour la Femme a signalé que : "le pays accepte que les femmes puissent être faites prisonnières, torturées et mourir pour leur pays. Il y a eu une transformation significative et pas uniquement au niveau du nombre de postes qui ont été créés mais au niveau de l'acceptation et même de l'orgueil du pays face au rôle des femmes dans l'armée16".
Linda Burnham, directrice du Centre d'Aide aux Femmes de couleur d'Oakland en Californie signale dans un article récent que la soldate England, qui est apparue sur les photos des abus et tortures infligés aux prisonniers iraquiens "est la seconde femme à passer à la postérité en ce qui concerne l'intégration sexuelle des militaires états-uniens. Jessica Lynch avait été la première : deux jeunes femmes, issues de la classe laborieuses, provinciales, souhaitant échapper aux limitations de leur milieu et de leur environnement. S'échapper. Elles se sont échappées et sont allées dans les bras accueillants d'une institution qui a utilisé la première pour réunir la nation autour du récit de la femme courageuse en danger face à d'obscures hordes sauvages et l'autre comme tête de turc d'une nation qui a des problèmes17".
Les dangers que courent les femmes dans l'armée ne se réduisent pas aux risques des combats. Les deux tiers des femmes soldats doivent supporter des harcèlements sexuels, abus et viols, de la part de leurs "frères d'armes18". Les plaintes de celles qui ont été violées incluent aussi les descriptions du manque d'attention médicale et psychologique adéquats, l'insuffisance des enquêtes et les menaces de représailles en cas de plainte pour agression sexuelle19. En 2001, plus de 18.000 cas de violence ont été enregistrés. Le taux des abus est de trois à cinq fois supérieur à celui de la population civile. Trente pourcent des vétérans féminins ont dénoncé un viol ou une tentative de viol lors de leur service dans l'active.
Le féminisme, la guerre et la paix.
" Il est essentiel que nous nous rendions compte de l'unité que représentent les cadavres et les maisons détruites. C'est ainsi. Ce serait notre ruine si, dans l'immensité de vos abstractions publiques, vous oubliez la figure privée, ou si nous autres, dans l'immensité de nos émotions privées, oublions le monde public. Ces deux demeures, la demeure publique et la demeure privée, la demeure matérielle et la demeure spirituelle seront détruites l'une et l'autre tant elles sont reliées entre elles. "
Virginia Woolf20
Arrogance impériale, dépravation sexuelle et égalité de genre. C'est en ces termes que la féministe Barbara Ehrenreich a décrit les photos de la prison d'Abou Ghraïb. Barbara Ehrenreich fait partie de la majorité des féministes nord-américaines qui appuient l'égalité des chances pour les femmes au sein de l'armée " car [elle savait] que les femmes aussi pouvaient lutter21 ". Cependant, après l'Irak -et particulièrement après les événements de la prison d'Abou Ghraïb- Barbara Ehrenreich nous dit que "un certain type de féminisme ingénu" qui "voyait les hommes comme les éternels auteurs des délits et les femmes comme les éternelles victimes, et la violence sexuelle des hommes contre les femmes comme la racine de toute injustice22" est mort.
De nombreuses féministes radicales des années soixante-dix, comme Ehrenreich, pensaient que la démocratie était le régime politique qui permettrait de réduire la pauvreté, favoriserait l'accès à l'éducation et la participation politique des femmes. Elles croyaient que la démocratie était l'espace privilégié que les femmes devaient utiliser dans leur lutte pour l'égalité. Alors que la perspective plus générale du mouvement féministe des années soixante-dix était anti-institutionnel, celui des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix réconciliait le féminisme et les institutions comme l'université, les partis politiques et l'Etat. Après Mai 68 et les mobilisations contre la guerre du Vietnam, le monde a vécu la répétition générale de l'offensive " néo-libérale " avec Ronald Reagan et Margaret Thatcher de part et d'autre de l'Atlantique. La déviation de la révolution dans les pays centraux a renforcé les régimes démocratiques, non sans l'appui des leaders et de larges secteurs des mouvements contestataires de l'époque qui ont fini par s'intégrer aux institutions avec l'objectif de les " démocratiser ". Ce que l'on a voulu faire passer pour une victoire n'a été, en fait, rien d'autre qu'une défaite de l'insurrection de 68 et le début d'une des périodes les plus infâmes pour les classes laborieuses et les masses du monde entier. La contre-offensive économique, politique et militaire que l'impérialisme a lancée à partir des années quatre-vingt, a démontré les limites des remises en cause du système.
La recherche de l'égalité sans la profonde remise en cause du système qui développe les inégalités les plus extrêmes a dérivé dans la cooptation du mouvement féministe. La technocratie de genre qui a permis de redorer le blason des institutions garantes des programmes néo-libéraux, comme les organismes de crédit, les gouvernements et autres organismes internationaux, a été alimentée par la présence de milliers de féministes dont les connaissances, la trajectoire politique dans la revendication des droits des femmes ont permis à ces mêmes institutions de regagner un certain prestige.
L'intégration et la cooptation ont eu leurs politiques, leurs noms propres et aussi leurs chiffres. En moins de 20 ans (de 1970 à 1990), le budget destiné aux organisations non gouvernementales a augmenté de plus de 500%. D'après des statistiques de 1992, l'apport mondial public et privé aux ONGs est d'environ 10.000 millions de dollars.
Le féminisme de l'égalité transformé et intégré au régime et à l'Etat n'est rien de plus qu'une version sénile et une mauvaise copie de ce féminisme égalitaire du début du siècle qui proclamait que " la paix mondiale, l'harmonie sociale et le bien-être de l'humanité existeraient seulement quand les femmes auraient le droit de vote et quand elles pourraient aider les hommes à dicter les lois23 ". Avant la Première Guerre mondiale, le féminisme avait noué des liens internationaux entre ses différentes organisations et avait défendu la paix. Cela ne dura pas longtemps. Dès le début de la guerre, la majorité des organisations féministes se sont pliées aux diktats de leurs gouvernements nationaux respectifs. Comme le signalera Trotsky, la guerre exige " la paix civile " et de nombreuses représentantes du mouvement féministe se sont rangées derrière leur gouvernement guerrier et ont mis fin à leurs revendications.
" Tant que durera la guerre, les femmes de nos ennemis seront aussi nos ennemies " avait déclaré une féministe française. La féministe anglaise Emmeline Pankhurst changea le nom de sa revue, la Suffragette, qui devint Brittannia, revue au sous-titre évocateur : " Pour le Roi, pour le pays, pour la liberté ".
Cependant, personne n'a tiré les leçons de ces expériences historiques. Aujourd'hui encore, il y en a qui soutiennent, en oubliant une partie de l'histoire, que " tout au long de l'histoire du mouvement politique connu comme mouvement féministe, l'une de ses revendications constantes était son opposition et ses manifestations contre la guerre24 ".
Ainsi, durant les années quatre-vingt, alors que dans les pays centraux les femmes obtenaient une participation supérieure à des postes de direction, aux charges gouvernementales et politiques, les féministes considéraient les guerres, les dictatures et les massacres perpétrés, soutenus et aidés par leurs propres gouvernements comme des " erreurs " à corriger, des exceptions à éviter, ou des décisions qui devaient être critiquées et auxquelles elles devaient s'opposer. Cependant, personne n'a dénoncé le lien qui unissait l'un et l'autre. Les droits démocratiques, ou autrement dits, les " démocraties " impérialistes, même les plus " démocratiques ", ne pouvaient reposer que sur le pillage des pays semi-coloniaux, comme l'Argentine ou l'Irak.
A la lumière tout cela, il est ridicule d'entendre, encore aujourd'hui, certaines féministes dire que " l'augmentation de la capacité d'influence politique des femmes dans la société semble être positivement lié à une augmentation de la valeur de la vie25 ". Il y a effectivement peu de pays où les femmes ont obtenu le droit égalitaire de déverser leurs bombes sur des pays semi-coloniaux au même titre que les hommes !
Le féminisme de l'égalité prétendait obtenir l'égalité des femmes avec les hommes dans un monde où même les hommes entre eux ne sont pas égaux. Alors, égalité entre qui et quoi ? Droit d'être égale à Bush ou à Tony Blair ou égale aux hommes prisonniers à Abou Ghraib ? Droit de posséder et d'administrer les biens de l'Empire Halliburton ou droit de vendre sa seule force de travail sur les champs pétroliers en échange d'un salaire misérable ? Ainsi, cet objectif, parait bien être une scandaleuse abstraction dans un monde où les inégalités sont essentielles à son fonctionnement.
La logique capitaliste s'impose au-delà du fétichisme de la démocratie plurielle26. Autrement dit, la démocratie bourgeoise est la meilleure enveloppe de la dictature du capital. Droits des femmes, droits uniquement pour quelques unes. Droits formels soutenus par le plus profond manque de droit pour des millions de femmes et d'hommes exploités, humiliés et massacrés dans les usines, pour les peuples opprimés qui constituent la majeure partie de la planète.
Mais, il y a d'autres manières d'expliquer cette intégration et cooptation des femmes : " (...) les femmes qui accèdent au pouvoir de décision, même si cela n'arrive pas à chaque fois, sont celles qui ont intégré le paradigme dominant, qui ont assumé les formes de faire de la politique où les critères de valeur conduisant à la force et la violence sont parfaitement encrés27 ".
Quelques droits ont en effet été obtenus. Mais à quel prix ? Alors que les féministes de l'égalité faisaient de leur intégration aux postes du pouvoir une conquête pour toutes les femmes, d'autres féministes ont fortement critiqué cette cooptation en accusant ces femmes d'assumer les valeurs patriarcales propres au système qui nous oppriment toutes. Comme le souligne Ximena Bedregal, le droit des femmes à s'intégrer à l'armée " fait seulement partie du droit des femmes à être là où elles le veulent. Pour nous autres féministes qui voulons l'éradication des armées et des armes du monde et de la culture, la participation croissante des femmes dans l'armée est un triomphe de plus du patriarcat sur nos consciences, désirs et perspectives, une négation de notre propre histoire28 ".
Mais se présente alors un autre dilemme : quelles sont nos consciences, nos désirs et nos perspectives ? A quel sujet font référence le " nos" et le " nous " au féminin ? Qui sommes 'nous', celles dont les consciences, désirs et perspectives ont été effacés par le patriarcat ?
Pour les féministes de la différence, les femmes auraient une vocation naturelle pour la paix associée à un soi-disant amour naturel pour la nature et la vie. Alors que le caractère du patriarcat serait essentiellement agressif, en tant que femmes, nous serions conciliatrices et prédisposées à la médiation pacifique. Le changement proposé par les femmes serait un changement culturel profond, une métamorphose qui empêcherait les guerres et les dévastations de la nature aujourd'hui menées par le pouvoir masculin.
Face à la crise évidente du féminisme de l'égalité, le féminisme de la différence défend la nécessité de ne pas s'intégrer à un monde fait à l'image des hommes. Les femmes prendraient alors la tête d'une contre-culture qui commencerait par changer la vie elle-même, en fuyant la sphère du public et de l'action politique, pour se réduire aux relations personnelles et à la création de nouvelles valeurs subjectives.
Cette nouvelle conceptualisation du féminisme n'a pas été exempte de critiques. " C'est révélateur que durant notre époque de guerres et de politiques réactionnaires, un mouvement conservateur, qui s'autodéterminait 'féministe' ait grandi. La majorité des activistes de ce mouvement semblent bien plus intéressées par leurs croyances et leurs relations personnelles que par l'analyse politique et l'action. Cette réaction massive au sein du mouvement féministe l'a pratiquement réduit à un style de vie, à un " épanouissement personnel ", dépourvu d'analyse politique et sans répercussion29 ".
Si les critiques qui dénonçaient la cooptation des féministes de l'égalité étaient justifiées, les conséquences théoriques et pratiques qui ont suivi ont fait reculé le mouvement féministe en le désintégrant et lui enlevant tout contenu subversif. Le mouvement s'est fragmenté en milliers de petits groupes, centres et organisations non gouvernementales qui ont remplacé l'action politique par l'aide et les programmes d'assistance. Pour quelques voix critiques, ceci ne signifie ni plus ni moins que le remplacement de la conscience sociale par la recherche de bénéfices personnels et la perte de cette " fougue pour la transformation radicale de la société par le bais de la lutte sociale et consciente30 ".
Les féministes de la différence s'opposent à celles de l'égalité mais évitent de répondre au dilemme que pose le système actuel. Ce système dont la domination de la conscience, des désirs et des perspectives se base essentiellement sur l'expropriation des moyens de production par une minorité parasite, sur l'exploitation de la force de travail, sur le pouvoir de l'appareil d'Etat en créant un consensus au travers de ses institutions et, en dernière instance, sur la coercition que la minorité exerce sur la majorité parce qu'elle ne détient rien de moins que le monopole des armes.
Une fois encore, " sexe contre sexe ou classe contre classe31 ? "
" La lutte contre la guerre aura un caractère réellement large, de masse, si à cette lutte participent les travailleuses et les paysannes (...). Les réveiller, gagner leur confiance, leur montrer le chemin, cela signifie mobiliser contre l'impérialisme la passion révolutionnaire du secteur le plus écrasé de l'humanité ".
Léon Trotsky, " La guerre et la IV° Internationale " (1940)
L'expérience de la guerre en Irak, avec ses soldates tortionnaires, ses capitaines et ses secrétaires d'Etat disposées à assassiner des milliers de femmes et d'hommes, de filles et de garçons, alors que des millions d'autres femmes se mobilisaient dans toutes les villes du monde pour protester contre l'agression et que d'autres s'enrôlaient dans des ONG afin de partir en tant que volontaires, médecins ou infirmières sur les lieux du conflit, tout cela montre une réalité qui est bien plus complexe qu'un simple affrontement entre des femmes porteuses de vie d'un côté et des hommes patriarcaux porte-drapeaux de la guerre de l'autre.
Le féminisme de l'égalité échoue et se lamente face aux sanglantes conséquences qu'a connu son discours prêchant l'intégration, l'inclusion et l'égalité des chances pour les femmes à accéder à tous les postes où (certains) hommes ont exercé le pouvoir pendant des siècles.
Mon " ingénuité " est morte avec Abou Grhaïb, déclarait il y a peu Barbara Ehreinreich. C'est un peu tard disons-nous, nous les femmes qui subissons l'impérialisme sous toutes ses formes, avec ses guerres, ses coups d'Etat militaires et sa guerre économique permanente contre les masses de nos peuples opprimés. Trop tard pour celles qui comme nous subissent les conséquences des programmes rimant avec faim et misère imposés par les institutions multilatérales qui comptent pour la plupart un département spécial baptisé " femmes et développement " ou même possédant au sein de leur équipes dirigeantes des femmes hautement qualifiées, comme la tristement célèbre Annie Krueger. C'est trop tard également pour les mères des soldats morts pendant la guerre des Malouines contre les troupes impérialistes britanniques envoyées par le Premier Ministre britannique Margaret Thatcher. Trop tard pour nous qui avons survécu en Argentine à la décennie ménémiste qui a généré les plus forts taux de chômage avec le soutien de femmes politiques comme Maria Julia Alsogaray (ex ministre des Ressources Naturelles) actuellement emprisonnée pour corruption.
Face à tous ces exemples, les féministes de la différence sembleraient avoir raison. S'agirait-il de femmes ayant adopté l'idéologie patriarcale ? Mais s'il est vrai qu'il existe un continuum entre violence domestique et violence publique lors des conflits armés, si comme le disent certaines féministes " les mêmes attitudes et valeurs qui président à la violence contre les femmes sont celles qui donnent lieu à l'explosion de la violence de la guerre32 " et s'il est nécessaire d'imposer une soi-disant culture de la paix et de la vie pour changer ce monde tragique au sein duquel nous vivons, comment faire ? La tâche consistant à vouloir inculquer à l'ensemble de l'humanité une contre-culture est franchement utopique. Comment peut-on convaincre un oppresseur de cesser de l'être ? C'est encore plus difficile si l'on doit considérer que non seulement les hommes sont les opposants de cette culture de la non-violence et de l'amour mais aussi certaines femmes qui ont fait leur le paradigme dominant.
La guerre, en tant que partie intégrante du système au sein duquel nous vivons, s'explique fondamentalement par son caractère de classe. Oublier cette catégorie dans l'analyse des conflits conduit à ne pas pouvoir les comprendre dans toute leur expression et par conséquent, ne pas pouvoir énoncer une politique visant à affronter cette réalité et à l'éliminer.
Avant le commencement de la Première Guerre Mondiale, les socialistes s'étaient déclarés disposés à appeler à la grève générale dans les pays belligérants afin d'empêcher l'explosion du conflit. La social-démocratie a trahi ses principes révolutionnaires. La grande majorité des députés sociaux-démocrates du Reichstag a voté les crédits de guerre. Seule une petite minorité a défendu ses principes. La trahison du mouvement ouvrier international par une de ses directions les plus prestigieuses, la Social-Démocratie allemande, a été payée par des millions de vies ouvrières de part et d'autre des tranchées et des frontières qui pour le prolétariat ne signifient rien du tout.
Mais en plus de Lénine, Trotsky et Liebneckt, se trouvaient dans cette petite minorité qui affronta la trahison de la social-démocratie Clara Zetkin et Rosa Luxembourg. Elles avaient organisé les femmes socialistes à travers de multiples congrès internationaux au sein desquels, en plus de décréter le 8 mars Journée Internationale des Femmes ainsi que d'autres mesures allant dans le sens de la lutte pour l'émancipation, avaient voté la motion de " guerre à la guerre ". A ce même moment, les féministes les plus reconnues, y compris les plus radicalisées, se soumettaient aux diktats de leurs gouvernements impérialistes.
Malgré la défaite, la leçon est restée gravée dans le marbre de l'histoire pour celles qui veulent affronter le futur en apprenant des expériences du passé : seul le renversement de la bourgeoisie par le prolétariat insurgé peut sauver l'humanité entière d'une nouvelle boucherie dévastatrice entre les peuples.
Il est sans doute nécessaire, comme l'a souligné Alda Facio au cours des Neuvièmes Rencontres Féministes d'Amérique latine et de la Caraïbe, que le féminisme se repose la question de comment remonter à bord du train du futur socialiste. Effectivement, comme l'avait dit une militante américaine, Louise Kneeland, en 1914, celui ou celle qui est socialiste sans être féministe manque d'horizon... mais celui ou celle qui est féministe sans être socialiste manque de stratégie. Et, à l'heure actuelle où il y a tant de femmes dans les Parlements, les organismes multilatéraux de développement et tant d'autres, mille fois plus nombreuses, qui meurent de faim, d'avortements clandestins et des effets collatéraux des bombes à uranium appauvri, il est plus que nécessaire que le féminisme y pense sérieusement...
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1 "Mujeres, guerra y feminismo. Fracaso de la igualdad, fracaso de la diferencia", publié pour la première fois dans Estrategia Internacional n°21, septembre 2004, Buenos Aires.
2 Andrea D'Atri (www.andreadatri.com.ar) milite au sein du Parti des Travailleurs pour le Socialisme d'Argentine depuis son origine. Elle est actuellement une des responsables de l'organisation féministe Pan y Rosas et de la section du même nom pour le journal électronique d'information hispanophone Rebelión (www.rebelion.org). Elle collabore également avec la Red Informativa de Mujeres de Argentina (Réseau Informatif des Femmes d'Argentine). Elle vient de publier Pan y Rosas. Pertenencia de género y antagonismo de clase en el capitalismo, Ediciones Las Armas de la Crítica, Buenos Aires, 2004 (194 p.). Il est disponible sur simple commande auprès de la FT-France.
3 Communiqué de Bagdad des Brigades contre la guerre, le 22/03/04, disponible sur CSCAweb.
4 Le seul article écrit par une féministe que j'ai pu trouver au sujet des tortures perpétrées par les soldates américaines contre les prisonniers irakiens est de Julia Paredes, "Tortura con enfoque de género" ("Torture à travers un point de vue de genre"), publié par La Epoca. Pendant que j'achevais la rédaction de cet article, diverses revues ont commencé à publier l'article de Barbara Ehrenreich intitulé "Un útero no sustituye una conciencia" ("Un utérus ne substitue pas une conscience").
5 ENSLER Eve, Monólogos de la vagína [traduction à partir de la traduction espagnole], Planeta, Buenos Aires, 2001.
6 MAESTRO Tomás, "¿Cómo viven las mujeres en Irak?", in terra.es/actualidad/articulo/html/act54146.htm
7 Rapport de l'International Study Team on the Gulf Crisis, composée par quatre-vingt-sept spécialistes de différentes nationalités.
8 "Jamás : las mujeres iraquíes en las cárceles de la ocupación, objetos e instrumentos de violaciones", publié par le Centre de l'Observatoire de l'Occupation à Bagdad le 28/05/04 sur CSCAweb.
9 Id.
10 Amnesty International, Bulletin de mars 1995.
11 Id.
12 Cité par Xímena Bedregal, "La feminización de los ejércitos, ¿triunfo de la paridad o trampa del patriarcado?", La Jornada, Mexico, 05/05/2003.
13 " Soldadas capturadas en Irak reabre el debate sobre los roles de género ", Mujeres Hoy, 26/03/03
14 Id.
15 Ibid.
16 Susan Baer: " Inédito: Combatiran cientos de mujeres ", The Baltimore Sun, 06/03/03.
17 Linda Burnham: " Dominación sexual de uniforme: un valor norteamericano ", Znet en espagnol.
18 Terry Spahr Nelson: " Por amor de la patria: hacer frente a las violaciones y hostigamientos sexuales en el ejercito de EE.UU ".
19 Sara Flounders: " La mujer en Irak: enemigos diferentes ", Espacio Alternativo.
20 WOOLF Virgina, Trois guinées [traduction à partir de la traduction espagnole, Tres Guineas, Ediciones Lumen, Buenos Aires].
21 Barbara Ehrenreich : 'Un utero no sustituye una conciencia' ('Un utérus ne substitue pas une conscience'); www.rebelion.org
22 Id.
23 Magdala Velásquez Toro : " Anotaciones para una postura feminista en torno a las mujeres, la guerra y la paz ", www.creatividadfeminista.org
24 Francesca Gargallo : " El feminismo es pacifico mientras soplan vientos de guerra " CIMAC.
25 Carmen Magallon Poroles : " Las mujeres y la construccion de la paz ", www.creatividadfeminista.org.
26 Concept cher à Butler et Laclau. Voir dans cette revue, l'article "Trotsky et la démocratie soviétique. Au delà de la démocratie libérale et du totalitarisme".
27 Carmen Magallon Poroles : " Las mujeres y la construccion de la paz ", www.creatividadfeminista.org.
28 Ximena Bedregal : " La feminizacion de los ejercito, ¿triunfo de la paridad o trampa del patriarcado? " La Jornada, Mexico, 05/05/03.
29 Laura Kamienski : " Un desafío para la comunidad feminista ", in Feminista, version espagnole sur la page www.ft.org.ar, Panorama Internacional.
30 Id.
31 Il s'agit là du titre d'un des ouvrages de Evelyn Reed, du Socialist Workers Party (Parti des Travailleurs Socialistes) des Etats-Unis, dans les années 1970, au sein duquel elle étudie la question de l'oppression des femmes à travers un prisme d'analyse marxiste.
32 MAGALLON Carmen, op. cit.