Une campagne unifiée contre le ministérialisme est nécessaire1.

 

Avec la formation du cabinet du gouvernement Lula, un des principaux représentants de Démocratie Socialiste, organisation membre du Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale2 Miguel Rossetto, a été nommé Ministre du Développement Agraire. En tant que ministre d'un gouvernement capitaliste, depuis lors, Miguel Rossetto est responsable de la politique de contre-réformes adoptées par Lula contre le monde du travail de même que de la brutale répression qui s'abat jour après jour contre les paysans sans terre. Le cas de Rosseto ne représente que l'expression du ministérialisme au sein du mouvement trotskyste.

En tant que courant revendiquant les drapeaux de la Quatrième Internationale, nous savons que les principes marxistes révolutionnaires de refus du ministérialisme et de toute politique d'alliance avec l'ennemi de classe sont la source même de notre mouvement. Comme l'affirmait la révolutionnaire Rosa Luxembourg : " avec l'entrée d'un socialiste au gouvernement, alors qu'existe la domination de classe, un gouvernement bourgeois ne se transforme pas en un gouvernement socialiste, mais le socialiste se transforme en ministre bourgeois. L'entrée d'un socialiste au gouvernement, n'est pas, comme on pourrait le penser, une conquête partielle des socialistes sur l'Etat bourgeois mais une conquête partielle de l'Etat bourgeois sur les socialistes ".

La maladie du ministérialisme, qui a généré systématiquement l'opposition ferme et décidée des révolutionnaires de la fin du XIX° et au cours du siècle passé en raison du rôle joué par la social-démocratie et le stalinisme, a représenté un cours politique habituel des courants politiques majoritaires du mouvement ouvrier qui ont participé à plusieurs reprises à des gouvernements bourgeois. Il suffit de songer à la République de Weimar qui assassina Rosa Luxembourg, aux travaillistes britanniques plus tard, à la social-démocratie dans différents pays d'Europe occidentale et enfin à la politique de Front Populaire impulsée par le stalinisme. Après la Seconde Guerre Mondiale, cette tendance s'est accentuée et la social-démocratie a dirigé de nombreux gouvernements bourgeois dans des pays capitalistes, et à partir des années 1980, sans le moindre contenu réformiste, ces partis, ceux de Felipe González et de Mitterrand, ont été à la base de l'application des programmes néo-libéraux et des plans d'austérité.

La participation de Rossetto comme ministre du gouvernement capitaliste de Lula représente une véritable rupture avec les principes trotskystes. Un membre dirigeant d'une organisation qui se revendique de la IVème Internationale fondée en 1938 par Léon Trotsky occupe donc un poste dans un exécutif bourgeois. Nous savons que le caractère d'un gouvernement bourgeois n'est pas seulement déterminé par le caractère de son équipe mais bien par sa fonction organique dans la société bourgeoise. Un gouvernement est avant tout une organisation de classe dont le fonctionnement est une des conditions nécessaires à l'existence d'un Etat de classe. Le gouvernement Lula est le conseil d'administration de la bourgeoisie, un exécutif de domination de classe. Ainsi, Rossetto est devenu le nouveau Millerand du XXIème siècle.

Le cas de Millerand a représenté une ligne de partage des eaux centrale dans l'histoire du mouvement marxiste révolutionnaire. A la fin du XIXème siècle, à l'époque de la Seconde Internationale fondée par Engels, Alexandre Millerand, socialiste français, a occupé le poste de ministre du Commerce, de l'Industrie et du Travail au sein du gouvernement capitaliste de Waldeck-Rousseau à partir de 1899. Il s'agissait du premier socialiste de l'histoire à accepter d'entrer dans un gouvernement bourgeois. Les révolutionnaires de l'époque comme Rosa Luxembourg, ennemis implacables de la collaboration de classe, se sont résolument lancés dans la lutte contre le ministérialisme de Millerand et de ses apôtre comme Bersntein. Les révolutionnaires ont mis toutes leurs énergies dans ce combat contre cette nouvelle politique ministérialiste puisqu'il s'agissait d'un appel ouvert à la collaboration avec l'ennemi de classe. Ils savaient qu'il était nécessaire de mener le combat contre tous ceux qui essayaient de tromper les travailleurs en affirmant qu'en participant à des gouvernements capitalistes, on pouvait obtenir des concessions progressives favorables aux ouvriers. Les révolutionnaires de la fin du XIX° et du début du XX° savaient qu'ensuite allaient surgir les Millerand anglais, italiens, allemands en plus des Millerand français et que pour cela il était très important de lutter de manière principielle contre toute participation à un gouvernement capitaliste.

C'est ainsi que les courants majoritaires du mouvement ouvrier ont fait le premier pas vers la collaboration ouverte avec l'ennemi de classe, se rendant responsables de l'application des politiques de la bourgeoisie, de la répression contre les luttes ouvrières et paysannes ainsi que de la persécution des révolutionnaires tout au long du XX° siècle. Le trotskysme est le seul courant du mouvement ouvrier qui s'est opposé à ces trahisons, à quelques exceptions prés, comme lors de la participation du LSSP au gouvernement bourgeois ceylanais ou celui de Peter Uhl dans l'ancienne Tchécoslovaquie. Le LSSP comme Uhl ont été par la suite expulsé des rangs de la Quatrième Internationale.

Nous savons que parmi les différentes organisations qui revendiquent les drapeaux de la Quatrième Internationale nous avons de grandes différences politiques qui sont d'ailleurs publiques. Mais aucune organisation qui revendique l'héritage du trotskysme, à moins qu'elle ne se prépare elle aussi à passer dans le camp du réformisme, ne peut cesser de dénoncer sans relâche cette trahison de Rossetto et de DS qui ont dérogé à un principe de classe élémentaire. La participation de Rossetto au gouvernement Lula ne rend que plus flagrante la rupture de DS avec les principes du marxisme, défendus fermement par Trotsky.

En ce sens, avec notre organisation, ER-QI, et le courant international auquel nous appartenons, la Fraction Trotskyste pour la Quatrième Internationale, nous nous adressons à toutes les organisations nationales et internationales du mouvement trotskyste qui revendiquent l'indépendance de classe, notamment le PSTU3 , le PCO4, et les organisations politiques qui se trouvent au sein du courant dirigé par Heloisa Helena, João Batista Araujo et Luciana Genro, en raison du poids qu'ils ont dans la vie politique brésilienne, afin d'impulser une grande campagne contre la politique " ministérialiste " du Secrétariat Unifié qui s'exprime à travers la participation de Rossetto au gouvernement capitaliste de Lula.

Cette campagne a pour objectif de renouer avec les meilleures traditions du marxisme révolutionnaire dans une lutte sans merci contre la conciliation de classe qui aujourd'hui s'exprime honteusement par la participation à un gouvernement bourgeois de DS, avec son ministre Rossetto. Nous proposons d'organiser cette campagne comme un premier pas en vue de publier le plus largement possible une déclaration commune. Nous en faisons la proposition dès aujourd'hui à toutes les organisations nationales et internationales qui veulent nous rejoindre.

 

Sao Paulo, le premier juin 2004.

Direction Nationale de ER-QI

Estratègia Revolucionària-Quarta Internacional (Brésil), membre de la FT-QI

 

Militants en Europe de la Fraction Trotskyste pour la Quatrième Internationale, nous nous faisons l'écho de cet appel publié par nos camarades brésiliens Nous nous tournons vers les organisations quatrième-internationalistes qui entendent lutter le plus fermement possible contre cette usurpation des drapeaux du trotskysme que représente la participation de Rossetto au gouvernement Lula, en vue d'organiser une grande campagne en Europe, et plus particulièrement en France, sur ce sujet.

1 Voir à ce sujet également les articles publiés dans les précédents numéros de Stratégie Internationale ainsi que les articles de Jõao Da Souza, "Un año y medio de Lula : un presidente 'obrero' que eligió ser neoliberal" et de Simone Ishibashi et Edison Salles, "Una campaña necesario contra el 'ministerialismo' del Secretariado Unificado" dans le dernier numéro de Estrategia Internacional (n°21), Buenos Aires, septembre 2004, également disponibles sur internet www.ft.org.ar

2 Organisation internationale dont sont par exemple membres la Ligue Communiste Révolutionnaire (LCR) en France ou le Parti Ouvrier Socialiste (POS/SAP) en Belgique [NdT].

3 Parti Socialiste Unifié des Travailleurs, membre de la Ligue Internationale des Travailleurs, Quatrième Internationale (LIT-QI).

4 Parti de la Cause Ouvrière, membre de la Coordination pour la Refondation de la Quatrième Internationale (CRQI).

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