L’IMPERIALISME NOUS DECLARE LA GUERRE,

GUERRE A L’IMPERIALISME.

Au moment où nous écrivons cet article, l’Alliance du Nord, appuyée par les bombardements et le soutien terrestre américain, est entrée dans Kandahar alors que les troupes étasuniennes lancent la chasse à Ben Laden, au Mollah Omar ainsi qu’aux volontaires étrangers d’Al Qaida en fuite dans l’Est du pays. L’ancienne opposition afghane a trouvé un accord quant à un nouveau gouvernement lors de la conférence de Berlin avec l’appui des impérialistes et auquel participent la plupart des factions anti-talibans : Ce nouveau gouvernement, né des bombardements étasuniens, sera soutenu par les forces armées impérialistes à travers un soutien aérien et terrestre à travers un contingent de plus de 3.000 hommes, pour la plupart britanniques, avec une participation de la France, de l’Italie et de la Turquie.

Bien qu’ils n’aient pu capturer les deux principaux leaders Talibans (Ben Laden et le Mollah Omar), les impérialistes et notamment le gouvernent étasunien ont remporté une victoire non négligeable en imposant leurs troupes au cœur de l’Asie Centrale. Les conséquences des bombardements accompagnés de massacres de civils ainsi que de sanglantes mesures de représailles prises par l’Alliance du Nord a posteriori (avec l’accord implicite des troupes américaines et britanniques comme dans le cas des exécutions sommaires lors de prise de Kaboul) représentent un nouveau coup porté non seulement aux travailleurs et aux paysans afghans, mais au-delà à l’ensemble des travailleurs et des masses opprimées du monde. Le fait que l’impérialisme ait agressé un des pays semi-coloniaux les plus pauvres du monde, avec l’appui de la quasi-totalité des gouvernements de la planète et le silence complice (lorsqu’il ne s’agissait pas de l’appui explicite de l’AFL-CIO américaine) de presque toutes les bureaucraties syndicales, a une répercussion politique énorme. Avec la justification du "terrorisme", les gouvernements des pays impérialistes et semi-coloniaux renforcent leurs politiques répressives, notamment à l’encontre des peuples opprimés luttant pour leur libération nationale (Palestine, Kurdistan, Tchétchénie...). L’hypocrisie de l’impérialisme (particulièrement flagrant chez les gouvernements européens) qui justifiait l’agression en affirmant qu’il s’agissait d’une guerre contre une dictature sanglante, celle des Talibans, est mise à nu lorsque l’on sait que l’Alliance du Nord au pouvoir (gouvernement Rabbâni/ Masud) est responsable de la mort de plusieurs dizaines de milliers d’Afghans entre 1992 et 1996. Cette fois-ci, Hamid Karzaï, continuateur de ce gouvernement, sera directement soutenu par des troupes au sol.

Ceux qui souhaitent apparaître comme plus démocratiques en faisant appel à l’ONU sont tout aussi hypocrites. L’Organisation de Nations Unies est une organisation impérialiste qui regroupe les gouvernements de ces puissances ainsi que ceux à sa botte dans les pays semi-coloniaux. Chaque fois que l’impérialisme s’est vu remis en cause dans ses intérêts (comme lors de l’invasion de l’Emirat fantoche du Koweït par les troupes irakiennes), l’ONU s’est trouvée du côté de l’impérialisme. Dix ans plus tard, cette organisation persiste à maintenir le blocus sur l’Irak qui a déjà fait plus d’un million de victimes parmi lesquels on compte tout d’abord des enfants, des personnes âgées et des femmes enceintes. L’ONU a de même légitimé les bombardements sur la Yougoslavie en 1999, ou auparavant l’occupation militaire de la Somalie, alors qu’elle tolère toutes les atrocités infligées par les impérialistes et leurs alliés, comme en témoignent les massacres quotidiens de Palestiniens par le gouvernement Sharon/Perez. Le Conseil de Sécurité a approuvé à l’unanimité (et avec l’appui du prix Nobel de la "Paix" Kofi Annan) l’attaque sur l’Afghanistan. L’ONU est ainsi co-responsable non seulement des bombardements sur les populations civiles désarmées mais aussi des massacres et de pillages perpétrés par l’Alliance du Nord à Kaboul, Mazâr-i Sharif et Kandahar, ainsi que de la sanglante répression contre les prisonniers talibans dans le nord du pays. Tous ces crimes contre l’humanité ne seront jamais jugés par un "tribunal pénal international" impérialiste.

La victoire des "démocraties" impérialistes n’aura pour effet dans l’immédiat que le renforcement des dictatures pro-occidentales comme celle de Musharraf au Pakistan ou du roi Fahd en Arabie Saoudite, autant de gouvernements réactionnaires n’ayant rien à envier au régime taliban en matière de répression des travailleurs et des femmes. La chute du Mollah Omar et de Ben Laden sous les coups de l’impérialisme ne signifie rien d’autre que l’installation à Kaboul d’une nouvelle dictature, mais directement appuyée, cette fois, par les troupes de l’OTAN, en vue de défendre servilement les intérêts impérialistes. Mais le Pentagone n’est pas simplement intéressé par la position stratégique clé qu’occupe l’Afghanistan comme passage éventuel des oléoducs d’Asie Centrale vers la mer d’Oman. Il entend aussi utiliser la vague d’indignation qu’ont généré les attentats du 11 septembre pour renforcer la soumission des pays semi-coloniaux à ses intérêts politiques, en accroissant la répression à l’encontre de ses propres travailleurs et montrer que l’on ne peut pas attaquer impunément l’impérialisme sans encourir de sanglantes représailles. "On disait que nous étions un tigre de papier, et bien le tigre a rugi" a affirmé G. Bush.

Le gouvernement américain a annoncé qu’il ne s’agissait là que d’un début. Parmi les cibles potentielles on trouve la Somalie, l’Irak, le Yémen ou les Philippines, voire même la Colombie ou le Paraguay (d’après les informations de La Repubblica italienne). Les mises en garde face à l’éventualité d’autres interventions impérialistes par les puissances européennes telles que l’Allemagne ou la France n’ont aucune motivation démocratique. Elles sont effectivement d’accord que l’impérialisme étasunien réagisse face à des attentats ayant blessé son orgueil impérial, mais ne souhaitent pas aller au-delà. Elles sont aujourd’hui les laisser pour compte du butin d’Asie Centrale et craignent que l’expansionnisme américain remette en cause leurs prébendes et leurs intérêts aussi bien en Asie qu’en Afrique.

Les marxistes révolutionnaires et la guerre actuelle : la question de la défaite de l’impérialisme.

L’axe de la position des marxistes révolutionnaires face à l’attaque contre l’Afghanistan et "la croisade anti-terroriste" repose sur la défaite de l’impérialisme. Malheureusement, une bonne partie de la gauche mondiale et beaucoup de ceux qui se revendiquent du trotskisme, à l’image de l’extrême gauche française, n’assument pas cette position. L’argument massue qu’ils empruntent au manuel de la social-démocratie (puisque aujourd’hui les sociaux-démocrates des pays impérialistes soutiennent la boucherie en Afghanistan, comme la gauche plurielle, le parti travailliste de Blair, la coalition rose et verte allemande) est que la défaite de l’impérialisme signifierait la victoire des Talibans réactionnaires. Leur grande erreur consiste à analyser la guerre d’un point de vue exclusivement afghan.

La défaite de l’impérialisme renforcerait immédiatement les peuples opprimés en lutte pour leur libération nationale. Et cela tout d’abord, les Palestiniens qui subissent l’escalade sanglante de la répression du gouvernement Sharon/Perez qui compte désormais avec le blanc seing accordé par les Etats Unis pour attaquer les zones sous contrôle de la soi-disant Autorité palestinienne. De la même manière la défaite de l’impérialisme affaiblirait les gouvernements des pays semi-coloniaux qui appliquent les plans d’austérité sur le dos des travailleurs pour le plus grand bénéfice des tuteurs impérialistes. Ces gouvernements sont appuyés principalement par l’impérialisme de manière à ce qu’ils organisent la gestion de l’économie en accord avec les intérêts des puissances et des entreprises impérialistes, en passant sous silence les besoins des travailleurs des villes et des campagnes. Pour ne citer que quelques tragiques exemples actuels, on peut songer à la dictature islamique nigériane qui organise l’économie d’un pays aux énormes potentialités naturelles en accord principalement avec les intérêts de la compagnie pétrolière Shell. Cette politique signifie l’exécution et l’emprisonnement de centaines de militants politiques, sans compter les milliers de victimes lors des manifestations antigouvernementales. Elle contribue à plonger dans la misère l’écrasante majorité de la population, à déloger certaines ethnies de leurs territoires traditionnels, et provoque de véritables catastrophes naturelles quotidiennes sur le delta du Niger. Un autre cas paradigmatique est celui de l’Argentine, un pays aux ressources naturelles importantes et relativement peu peuplé qui est aujourd’hui en pleine crise des paiements et où la population est condamnée au chômage et à la misère. C’est là le fruit du paiement systématique de la dette extérieure et des privatisations réalisées surtout à partir des années 1990 au bénéfice des capitalistes européens (notamment espagnols) et américains. On peut aussi penser à la Colombie, pays en prise à une guerre civile rurale dont l’enjeu principal est la propriété de la terre. Le Pentagone, en impulsant le "Plan Colombia", accroît graduellement son ingérence dans le pays par le biais de son armée et de la CIA, non seulement pour écraser la guérilla (FARC et ELN) mais tout simplement pour briser toute résistance rurale et urbaine. Aujourd’hui la Colombie est considérée comme l’une des principales cibles éventuelles dans le cadre d’une attaque à grande échelle "contre le terrorisme" par le Pentagone. Les gouvernements des pays dits du "Tiers Monde" (en réalité les semi-colonies où vivent la majorité de la population mondiale) ne sont que des rouages au service des puissances impérialistes. Une défaite de l’impérialisme affaiblirait ces gouvernements et renforcerait la lutte des travailleurs et des paysans de ces pays contre l’exploitation et la répression. Il en irait de même pour les travailleurs des pays impérialistes.

Les gouvernements impérialistes aujourd’hui renforcés ont su prendre des mesures répressives sans précédent à l’image de l’emprisonnement secret, la création des tribunaux militaires aux USA ou les nouvelles lois répressives clairement racistes en Angleterre, en Italie ou en France qui ont pour objectif "la lutte contre le terrorisme intégriste" mais ne visent en réalité qu’à l’oppression et le contrôle des travailleurs immigrés ou nationaux. La police italienne qui a été discréditée après la brutale répression de Gênes se trouve, aujourd’hui, avec pour excuse la lutte contre le terrorisme, dans de meilleures conditions pour réprimer la vague de grève qui traverse l’Italie.

Une autre leçon à tirer est l’échec fracassant des directions islamiques dans leur lutte supposée contre l’impérialisme. Les discours démagogiques contre le "Grand Satan" américain ne correspondaient pas à la réalité. Aucun intérêt nord américain, anglais ou français n’a été visé par ces directions réactionnaires qui, en tant que partie intégrante de la bourgeoisie locale et associée à l’impérialisme maintient avec lui de nombreux liens. Aucun courant islamique n’a appelé à l’expropriation des biens impérialistes en Asie Centrale, au Moyen Orient ou au Maghreb ou à la grève générale dans leur propre pays pour lutter contre l’attaque impérialiste. De même, l’appel à la Djihad (guerre sainte) qui divise les "fidèles et les infidèles" ne pouvait pas trouver un écho positif dans les pays non-musulmans. Une direction extrêmement réactionnaire comme celle des Talibans ne pouvait pas mener jusqu’au bout la guerre pour la libération nationale. La sanglante répression menée contre son peuple, la division entre ethnies ne donnaient pas les conditions nécessaires pour forger une unité nationale afin d’affronter un ennemi commun, infiniment supérieur sur le plan économique et militaire. Une démonstration de l’absence de lutte soudée contre l’impérialisme de ce régime est que tous les cadres dirigeants qui ont eu l’opportunité de passer du côté de l’Alliance du Nord ne s’en sont pas privés. Les "redoutables" guerriers d’Allah ont par ailleurs démontré qu’ils n’avaient pas honte de s’allier avec le "Grand Satan" comme ils l’avaient déjà fait quand ils affrontaient les Soviétiques.

La mobilisation contre la guerre, la classe ouvrière et le mouvement anti-globalisation.

Seule la mobilisation internationale, avec la classe ouvrière à sa tête, peut montrer un chemin alternatif à l a barbarie. Une grève générale contre la guerre dans un pays impérialiste pourrait démontrer aux peuples arabes et musulmans qu’ils ont de puissants alliés dans les rangs du prolétariat occidental et détruire ainsi des préjugés montés par les directions rétrogrades islamiques. Pour y arriver, il faut rompre avec la résistance des bureaucraties syndicales occidentales qui appuient les efforts de guerre des leurs gouvernements respectifs et qui promeuvent indirectement le racisme anti-arabe (et anti-immigrés en général).

Le mouvement anti-globalisation et anti-capitaliste, ayant vu "officiellement" le jour à Seattle en 1999, avait commencé à donner conscience à certains secteurs de travailleurs et de jeunes de leur rejet des institutions de l’impérialisme. Ainsi, il critique le pillage des pays "du Tiers Monde" à travers le paiement de la dette extérieure et l’exploitation des travailleurs en Asie, en Amérique Centrale ou encore en Afrique par les entreprises impérialistes. Dans de nombreux pays d’Europe (Angleterre, Allemagne, Grêce et surtout en Italie), le mouvement commence à se transformer en un mouvement contre la guerre. En Italie, à partir de la convergence pendant les manifestations du mois de juillet des jeunes radicaux qui ont préparé la manifestation de Gênes et les ouvriers métallurgistes en grève, le mouvement italien contre la guerre possède désormais une importante composante ouvrière. A Gênes comme lors de la manifestation du 10 novembre contre la guerre, la classe ouvrière (surtout les employés de la métallurgie, les employés de l’administration publique et les enseignants), a joué un rôle de premier plan et l’appel à la grève générale contre la guerre (lancée à l’origine par les syndicats combatifs COBAS) a commencé à trouver un écho très favorable dans les rangs des travailleurs. Lors de la grève des ouvriers métallurgistes de novembre contre leurs conventions collectives, 250.000 manifestants se sont retrouvés dans les mots d’ordre contre la guerre. A l’origine de ces mots d’ordre il n’y a ni la bureaucratie de la CGIL (Syndicat qui appuie l’Ullivo, parti social-démocrate favorable à la guerre), ni les leaders anti-globalisation comme Casarini ou Agnoletto, qui rejettent la classe ouvrière comme sujet social et qui aujourd’hui encore sont les ennemis déclarés du marxisme et de la révolution ouvrière. Mais même si la bureaucratie n’a jusqu’à présent rien proposé de concret et malgrè ses tentatives de canalisation, la plupart des luttes partielles ouvrières ou de la jeunesse qui parcourent l’Italie se déclarent contre la guerre. C’est bien là le mérite de la dynamique générée par le mouvement anti-globalisation.

Mais tout n’est pas rose pour ce mouvement. Les directions réformistes anti-globalisation essaient de le canaliser en empêchant qu’il ne se transforme en mouvement contre la guerre impérialiste et ne réclament pas uniquement des réformes partielles du capitalisme. La plupart de ces directions ou des intellectuels qui s’y retrouvent font partie du Forum Social Mondial (FSM) de Porto Alegre. On y retrouve des fonctionnaires impérialistes français comme Chevènement, le directeur du quotidien pro impérialiste Le Monde, ATTAC, des leaders anti-globalisation italiens comme Casarini et Agnoletto et de vieux réformistes latino-américains faisant partie de différents gouvernements locaux à l’image du PT au Brésil, le PRD mexicain ou le Frente Amplio en Uruguay, ainsi que des directions syndicales comme la CTA argentine, et malheureusement des groupes qui se réclament du marxisme révolutionnaire comme le SWP anglais ou la LCR française, ainsi que leurs courants internationaux respectifs. Au-delà des différences tactiques de ces groupes, tous ont en commun le désir d’éviter que le mouvement anti-globalisation ne se transforme en un mouvement anti-impérialiste et révolutionnaire. Le cas le plus exemplaire consistant à utiliser le mouvement anti-globalisation comme une tribune afin de le canaliser vers le plus tiède réformisme pro-impérialiste a été la manifestation réalisée à Paris, le 10 novembre dernier, par les groupes appartenant au FSM de Porto Alegre "contre l’OMC"…sans faire mention aucune de la guerre qui au même moment frappait l’Afghanistan. Les exemples les plus évidents de cette politique impérialiste des participants du FSM sont sans doute le PCF, partie prenante du gouvernement qui participe à la coalition impérialiste qui a bombardé et envahit aujourd’hui l'Afghanistan. Le PCF faisait partie de ce même gouvernement de la gauche plurielle lorsque Jospin/Chirac ont participé à l’agression impérialiste contre la République Fédérale Yougoslave en mars juin 1999 (voir l’article sur le FSM reproduit dans cette publication).

L’extrême gauche en France.

L’extrême gauche française et notamment Lutte Ouvrière (UCI) et la Ligue Communiste Révolutionnaire (SU IV°), représente une réalité importante de la scène politique nationale. D’après les derniers sondages publiés par la presse, Arlette Laguiller, candidate de LO, ferait près de 7% aux élections présidentielles (dépassant en intentions de vote le candidat du PCF Robert Hue) alors que celui de la LCR atteindrait 1%. Ces deux organisations représentent la gauche européenne non stalinienne la plus importante. Cela signifie qu’ils ont au sein de larges couches de la classe ouvrière et de la jeunesse un écho important. Cela implique de même une responsabilité non négligeable pour ces deux organisations : s’il n’existe pas aujourd’hui en France un large mouvement d’opposition à la guerre, en termes numérique ou en radicalité idéologique, la LCR comme LO en sont en partie responsables. Mais cela ne s’explique pas parce qu’ils n’ont pas de bons militants ou qu’ils n’entretiennent pas de liens étroits avec la classe ouvrière, bien au contraire. Bien qu’ayant des militants ouvriers et dans la jeunesse de grande valeur, l’obstacle que rencontrent ces deux organisations réside dans la politique de leurs directions qui ne sont pas conséquemment anti-impérialistes. Cette politique peut se résumer dans les deux cas au mot d’ordre "Ni Talibans, ni impérialisme". En refusant d’appeler à la défense militaire de la nation opprimée, en la confondant avec sa direction (l’ancien régime de Kaboul), cela revient dans la pratique à laisser faire l’impérialisme. En suivant la logique politique de ces deux organisations, l’invasion impérialiste ne changera en rien la situation afghane puisque le gouvernement taliban était déjà responsable d’un régime réactionnaire. Cela revient à analyser l’agression impérialiste d’un point de vue strictement afghan, sans prendre en compte les répercussions réactionnaires au niveau international de la victoire de "la coalition anti-terroriste" que nous avons analysées ci-dessus.

La LCR affirme correctement "qu’il faut transformer le mouvement anti-globalisation en un mouvement contre la guerre". Mais vers où veut-elle l’orienter ? "Le FSM de Porto Alegre constitue en soit une riposte immédiate à la guerre. Le dialogue et les luttes communes des mouvements du monde entier, y compris le monde arabo-musulman, sont le seul antidote à la barbarie, la seule réponse possible à la guerre" (Inprecor n°463 p5)". Le FSM a précisément été créé pour castrer toutes les potentialités révolutionnaires d’un tel mouvement. C’est pour cela que la LCR, pour rester au sein du FSM, en arrive à signer une déclaration aux côtés des Verts et du PCF (responsables avec le PS et Chirac de la politique guerrière de la France en Asie Centrale) qui affirme que : "c’est dans le cadre du droit international et de la charte de l’ONU que tout (souligné par nous) doit être mis en œuvre pour identifier, arrêter et juger les auteurs de l’attentat [du 11 septembre], (Appel à l’opinion, 27/09/01)". C’est précisément ce à quoi s’essayent les troupes impérialistes et l’Alliance du Nord, avec des méthodes sans doute un peu "rudes". C’est au nom de cette Sainte Alliance avec le FSM que la LCR s’éloigne de plus en plus de la lutte anti-impérialiste, de la jeunesse et des travailleurs du mouvement anti-globalisation qui veulent le transformer en un authentique mouvement contre la guerre impérialiste.

Lutte Ouvrière qualifie justement l’attaque de l’Afghanistan comme une attaque impérialiste dont la principale victime sera le peuple afghan. Cependant, sa conception de l’impérialisme et des semi-colonies l’amène à une politique de neutralité dans ce conflit. LO ne voit pas la lutte des classes et la lutte entre Etats comme une combinaison de problèmes nationaux et internationaux mais comme une succession de luttes nationales n’ayant aucune répercussion au-delà de ces frontières. C’est pour cela qu’elle rejette tout type de manifestations anti-globalisation. Et bien qu’elle critique justement le Forum de Porto Alegre dans son article sur Gênes (Lutte des Classes n°60), elle rejette aussi les manifestations de juillet en Italie. Dans ce cas, elle confond non seulement la base avec sa direction mais aussi ne voit rien de progressif lorsque ce mouvement dénonce l’impérialisme, la dette extérieure des semi-colonies…Elle voit encore moins (ce qui est le plus grave) l’importance de la manifestation de dizaines de milliers d’ouvriers de pays impérialistes non seulement pour leurs revendications immédiates mais aussi contre l’impérialisme lui-même et en solidarité avec les peuples opprimés par le G8. C’est pourquoi LO est incapable d’expliquer le mouvement massif contre la guerre qui existe en Italie et qui n’aurait pas existé sans la manifestation de Gênes. On peut trouver les racines de ses pratiques politiques face à l’impérialisme dans ses arguments théoriques : "Le système impérialiste protège, sécrète et perpétue des inégalités non seulement entre les deux classes sociales fondamentales de la société mais aussi entre pays impérialistes et pays sous développés" (Lutte de Classe n°60). En appelant "sous développés" les pays semi-coloniaux, LO nie l’oppression impérialiste que subissent ces derniers. Effectivement, si ces pays ne sont que sous-développés et non pas opprimés dans leur développement par le capital impérialiste, alors la tâche de la lutte pour la libération nationale n’a pas lieu d’être. Lorsque, dans sa presse (Lutte Ouvrière n°1735), LO critique les manifestations de rejet de la guerre, au Pakistan, se basant sur la haine légitime à l’égard de l'agression impérialiste, mais dirigées par les formations islamistes, cette organisation ne fait aucunement mention du fait que les partis islamistes n’entendent prendre aucune mesure sérieuse contre l’impérialisme, mais se contentent de mettre en exergue leur caractère obscurantiste. En tant que marxistes révolutionnaires, nous devons reprendre les aspirations légitimes des masses qui participent aux manifestations contre l’impérialisme, en luttant sans pitié contre les directions réactionnaires et démagogiques qui entendent les canaliser. Ne pas mener à bien une telle politique revient à laisser les masses des pays semi-coloniaux entre les mains de ces directions qui ne peuvent que les mener à l’échec. LO n’a jamais sérieusement appelé à la défaite de l’impérialisme en Afghanistan puisqu’elle met sur un même plan les fondamentalistes et l’impérialisme, ce qui revient à égaler un pays semi-colonial tel que l’Afghanistan à la coalition impérialiste menée par Washington. En pleine campagne électorale, LO n’a pas non plus indiqué quelles mesures pouvaient prendre la classe ouvrière et la jeunesse françaises pour entraver la campagne militaire, craignant d’être assimilée aux Talibans. Et qui plus est, ce suivisme derrière les directions ouvrières réformistes (et en réalité pro-impérialistes) l’a menée à ne formuler aucune critique à l’encontre du PCF participant au gouvernement criminel. Cela ne porte pas simplement un coup au mouvement de lutte contre la guerre, mais n’aide en rien à l’unité de la classe ouvrière française, intégrée en grande partie par des travailleurs originaires de pays arabo-musulmans qui observent avec ressentiment l’agression contre l’Afghanistan. La politique de LO ne fait que les éloigner de la gauche ouvrière et contribue ainsi à aplanir le terrain aux courants islamistes.

Il s’agit de créer un large mouvement anti-impérialiste pour contenir l’escalade militaire et la mettre en échec. Le mouvement anti-globalisation, aussi appelé anticapitaliste, doit s’attacher, en premier lieu, à la défense des nations opprimées, et plus particulièrement celles qui sont agressées militairement. Mais ce sont fondamentalement les organisations ouvrières et les organisations d’extrême gauche des pays centraux et semi-coloniaux qui doivent lutter pour que ce soit la classe ouvrière, avec ses propres méthodes (grève générale, sabotage de la production…), qui se porte à la tête d’un tel combat. Les travailleurs, par leur rôle clé au sein de la production de tous les biens de la société (y compris les armes) sont les seuls à pouvoir unifier tous les opprimés et entraver la machine de guerre impérialiste. Il s’agit de transformer la résistance à la guerre et à l’occupation militaire impérialistes de l’Afghanistan en une offensive qui affronte dans un sens authentiquement révolutionnaire nos propres gouvernements. C’est là le seul chemin pour aider à la libération des peuples opprimés, à leur autodétermination et à la défaite de l’impérialisme. C’est pour cela que nous appelons l’ensemble des militants et syndicalistes de gauche opposés à la guerre, les militants anticapitalistes, et l’extrême gauche à nous rejoindre dans ce combat, puisque par temps de guerre, il s’agit de donner des réponses immédiates. C’est ce que les différents courants appartenant à la Fraction Trotskyste-Statégie Internationale, aux côtés des camarades de la LRCI et d’autres groupes tentent de mener à bien (voir déclaration commune contre la guerre impérialiste).

Paris, décembre 2001,

Lucas Pizzutti.