Les unes
et les autres
En mémoire
des six femmes assassinées durant les journées de décembre.
jeudi 25
avril 2002, par Andrea D'Atri
Elle était
simplement une fille affamée. On ne peut lui décerner
aucune de ces fausses et sensationnelles accusations dont raffolent
la police et les médias. Dans son cas, le surnom de " vandale
" était encore plus ridicule que pour les autres manifestants.
Parce que Eloisa Paniagua était âgée de onze ans
lorsqu'elle mourut. Enlaçant un sac de provisions, en sortant
d'un supermarché pillé par des habitants du quartier tout
aussi affamés qu'elle. Elle était la cadette de la suite
des martyres que nous léguèrent les journées (19
et 20) de décembre.
Comme Eloisa,
ce furent des centaines d'enfants, filles et garçons, qui accompagnèrent
leurs mères tout au long de ces derniers mois dans les actions
de blocage des routes et des ponts, avec les piquets qui réclamaient
du travail et de la nourriture. Et ce sont d'autres milliers de femmes
qui ravitaillèrent ces actions, qui organisèrent les soupes
populaires, qui firent face aux attaques de la gendarmerie et de la
police.
Beaucoup
d'entre elles sont des cheffes de famille, terme utilisé par
les statisticiens, et qui décrit en réalité des
femmes ne disposant pas d'un travail, ni d'un revenu, ni même
quelquefois d'un logement, conséquence des inondations ou d'une
expulsion forcée. Ces femmes possèdent déjà
depuis plusieurs années leur propre martyre : une femme de ménage,
Teresa Rodriguez, assassinée par la police durant les journées
du " Cutralcazo " pendant la période de Menem.
Durant ces
journées de décembre, d'autres jeunes femmes moururent
de la même manière. Atteintes à leur domicile par
des balles perdues, en s'éloignant d'une émeute avec leurs
enfants dans les bras, ou en attendant le ventre creux une mère
qui ne viendra plus.
Et beaucoup
parmi d'autres femmes, qui avions encore un logement et de quoi manger,
nous avons pleuré durant ces jours terribles en voyant à
la télévision comment le désespoir gagnait les
quartiers les plus pauvres.
" 'J'ai passé
ma journée devant la télévision, regardant des
personnes désespérées par des problèmes
de nourriture et qui se battaient entre elles, regardant les files d'attente
des retraités. Lorsque j'ai entendu De la Rua [le président
qui a démissioné sous la pression du peuple] qui parlait
comme si rien ne se passait, j'ai entendu ma voisine qui frappait sur
des casseroles, alors j'ai commencé moi aussi à le faire
avec mes filles, et peu après, j'ai réalisé que
j'étais à la tête d'une manifestation regroupant
trois pâtés de maisons qui se dirigeait vers la Plaza.
" Ainsi se confiait à un journaliste une habitante de San Telmo.
Ce sentiment
d'impuissance que nous avons ressenti durant tous ces jours finit par
éclater avec rage, alors se saisissant de toutes sortes d'ustensiles
de cuisine, les femmes incitèrent leurs familles et leurs connaissances,
à marcher vers la Plaza de Mayo [place symbole du pouvoir à
Buenos Aires]
Les femmes
des couches moyennes se transformèrent ainsi en acteurs d'une
gigantesque mobilisation qui défiait l'état de siège,
en convergeant depuis toutes sortes de quartiers populaires et de quartiers
plus aisés. Femmes au foyer, étudiantes, salariées,
employées, commerçantes, maîtresses d'école,
professeures et chômeuses, vinrent pour huer Cavallo [ex-ministre
de l'économie], De la Rua, et plus tard que Rodriguez Saa [président
qui dut aussi partit] et Duhalde [actuel président]. Elles rejetaient
les milieux de la banque, la corruption, la faim, l'impunité,
le chômage, la misère, l'absence de perspective et le vol
du présent.
Aujourd'hui,
les femmes sont aussi présentes dans les assemblées des
quartiers ; nous nous organisées pour dénoncer les banques.
Les avocates prennent la tête des manifestations contre la Cour
Suprême, les jeunes adolescentes avec les mères des jeunes
assassinées invectivent la police à Floresta, toutes nos
continuons les concerts de casseroles'
En terminant
d'écrire ces notes, je vois une femme de 70 ans, couchée
sur le trottoir près de la Plaza de Mayo, montre à la
caméra les blessures infligées par le tir des balles en
caoutchouc lors de la dernière manifestation.
La police
a toujours été assassine, nous savons que c'est de son
côté que proviennent les violences, mais maintenant c'est
plus clair que jamais. Pour cette femme âgée aussi, le
surnom de " vandale " est parfaitement ridicule. Nous ne sommes plus
dupes.
Pepsico :
abus patronal et omnipotence impérialiste
mardi 4 juin
2002, par Andrea D'Atri
A l’usine
Pepsico Snacks, 400 personnes, dont 70 % de femmes se relayent pour
effectuer un travail debout dans des conditions infernales. La grande
majorité de ces femmes sont mères de famille, certaines
sont seules à assumer la " charge " de famille, parce qu’elle
ne sont pas mariées ou parce que leurs maris sont au chômage.
Beaucoup ne se limitent pas à passer 8 heures debout devant leurs
machines, elles font des journées doubles pour augmenter leurs
revenus sans pour autant que cela suffise à faire vivre leur
famille.
Depuis janvier,
Pepsico a licencié 130 intérimaires, malgré la
dénonciation de certains délégués qui se
sont affrontés avec leurs propres syndicats et la direction.
Ils ont également dénoncé le recours abusif aux
contrats d’intérimaires, en violation avec la législation
du travail en vigueur en Argentine.
Usine à
tortures
Elsa travaille
à l’emballage. Dans cet atelier, la machine qui devrait travailler
à 80 coups par minute fonctionne à 120. Trois femmes remplissent
les caisses, les transfèrent sur une plate forme et reviennent
pour remplir d’autres caisses, le même mouvement de bras, le même
parcours, pendant 8 heures avec seulement trente minutes pour manger
et aller aux toilettes. A Elsa, cette routine lui a provoqué
des douleurs : " La machine te fait travailler à vitesse maximum.
Parfois, je suis assise sur le sol, en jouant avec mon fils et je ne
peux plus me lever, tellement j’ai mal aux poignets, à cause
du rythme d’enfer que je dois suivre pour emballer. Pendant ces 8 heures
debout, tu as nulle part où t’appuyer.' Un délégué
m’a raconté que la principale maladie professionnelle dans l’usine
est la phlébite. Une des travailleuses a obtenu de faire prendre
en charge le traitement par l’entreprise. Peu de temps après,
le syndicat, complice de la direction a fait rayer la phlébite
des maladies prises en charge par l’assurance maladie. Rosalba dit qu’elle
ne supporte pas la chaleur dans l’usine. Les ventilateurs poussent en
permanence le même air chaud et rance des friteuses, et, c’est
incroyable, mais, les sièges réservées aux travailleuses
sont en aluminium. Comme une de ces tortures macabres et millénaires,
les travailleuses de Pepsico s’épuisent à rester debout
mais sont " frites " si elles s’assoient. Julia a des ampoules aux mains.
Pour elle, c’est quotidien. Les patates sont frites à plus de
200 degrés et bien qu’elles travaillent avec de l’huile, l’entreprise
a décidé qu’elles devaient utiliser des gants de latex.
Quand les
frites laissent un goût amer
Après
avoir licencié les intérimaires, Pepsico s’est chargé
de persécuter les travailleuses et les délégués
qui avaient été en pointe dans les luttes. Aujourd’hui,
ils sont " suspendus " pendant qu’à l’intérieur de l’usine
règne la peur. Une assemblée interne élue par la
totalité des salariés de l’usine – qui dénonce
le plan de licenciement en rupture avec le syndicat maison- c’est incompatible
avec les intérêts de la multinationale. Il n’y a pas d’antécédent
récent de grande entreprise de la région de Buenos Aires
qui ait connu des assemblées d’usines avec une participation
égalitaire et démocratique des travailleurs et travailleuses
en CDI et des intérimaires, comme c’est le cas à Pepsico.
C’est quelque chose que les directions et les bureaucrates syndicaux
n’admettent pas, d’où la réaction exemplaire contre le
mouvement de Pepsico. Les travailleurs licenciés de Pepsico et
les délégués poursuivis par la direction sont soutenus
par une vague énorme de solidarité de centaines d’avocats
prestigieux, des assemblées de quartier de la région,
de la fédération Internationale du Travail du secteur
de l’Alimentation et des travailleurs et travailleuses de Zanon et de
Brukman, de nombreuses commissions internes et de délégués
d’usines, de l’association des Professionnels pour les droits de l’himme
et de certains partis politiques de gauche et de centaines de personnes
de toutes professions et organisations qui ont signé une pétition
de soutien. Mais, ce n’est pas suffisant pour faire plier l’entreprise
nord américaine. Pendant que Anoop Singh, l’émissaire
du FMI, dit au Président Duhalde qu’il doit prendre des mesures
contre les travailleurs et le peuple argentin, les entreprises multinationales
se comportent comme des esclavagistes sans scrupule contre les travailleurs
et les travailleuses qui leur permettent avec leur force de travail
de faire des millions de profits.
Les manipulations
de la multinationale
Pepsico est
la filiale de Pepsi qui fabrique des frites et autres produits alimentaires,
elle affiche sur le site web " institutionnel " une priorité
dans le choix des fournisseurs pour les entreprises qui sont dirigées
par des femmes ou des personnes de minorité éthnique.
C’est évident que " le politiquement correct " recherché
dans l’image de Pepsico à l’égard des femmes et des minorités
n’est qu’une façade pour les consommateurs derrière laquelle
se cache le monstre qui exploite dans des conditions infâmes de
jeunes travailleuses. Derrière le masque de Shakira, la chanteuse
des pubs de Pepsico, est dissimulé des centaines de Julias, Elsas
et Rosalbas. Mais, en Argentine, nous sommes fatigués du chômage,
et de l’omnipotence des dirigeants et de l’impérialisme. Pendant
que Pepsico améliore sa rentabilité avec la complicité
du syndicat, les délégués qui défendent
les travailleuses sont persécutés. Pendant que Shakira
danse avec antonito à Miami en buvant du Pepsicola, un groupe
de femmes travailleuses de Pepsico Argentina, en plus de souffrir d’ampoules,
de varices et de douleurs dans les articulations, a été
volé du dernier rêve qui lui restait : travailler pour
nourrir leurs familles
Pour plus
d’informations sur le conflit : www.ceprodh.org.ar
Pepsico est
installée depuis 8 ans en Argentine et a capté tout le
marché des ships, en rachetant
toutes les
marques " nationales " comme Bum, Pehuamar
Pour manifester
votre solidarité avec les travailleuses de Pepsico, vous pouvez
envoyer un message à : delegadosdepepsico@hotmail.com