" Je suis à moi tout seul une génération !
Bien d’autres portent en eux le feu de la révolte
Et nous nous sommes promis d’aller ensemble,
Tous promis d’avancer ! "
Mahmoud Darwiche.
EDITORIAL
En fermant ce nouveau numéro de Stratégie Internationale, nous nous trouvons face à un monde transformé à la suite de l’invasion et de l’occupation anglo-américaine en Irak. Dans le cadre d’une situation économique mondiale instable, les disputes inter-impérialistes qui se sont exprimées de façon claire face à la guerre en Irak, surtout entre la coalition anglo-américaine et l’axe franco-allemand, sont aujourd’hui un des enjeux centraux de la politique internationale. L’enlisement de la coalition en Irak et l’impuissance des pays " anti-guerre " à donner une réponse alternative de la " communauté internationale " à l’occupation sont les points les plus marquants de cette situation politique. Ce n’est que dans ce cadre international que nous pouvons expliquer l’émergence de la Chine à la tête d’un " troisième pôle ", aux côtés du Brésil et de l’Inde lors du sommet de l’OMC à Cancun. Bien que cela n’ait rien de progressiste, cette situation détruit dans les faits le discours " de l’Empire déterritorialisé " qui finit en dernière instance par faire apparaître comme progressiste toute opposition, même lorsque l’axe franco-allemand prend la tête des voix discordantes.
L’apparition d’un immense mouvement anti-guerre au niveau mondial –continuité de ce que l’on a appelé mouvement anti-globalisation- montre qu’entre les brèches ouvertes d’un monde en crise, le mouvement de masse a les possibilités de faire irruption sur le devant de la scène. Le débat consistant à savoir comment intervenir dans ce mouvement et comment le lier aux luttes de la classe ouvrière afin de lui donner une nouvelle radicalité est à l’ordre du jour. L’apparition de nouvelles médiations comme les forums sociaux ou de nouvelles et vieilles idéologies tel que le néo-autonomisme, posent un énorme défi aux marxistes révolutionnaires du XXIème siècle : comment participer de ce nouvel état d’esprit de larges secteurs de masses sans pour autant capituler face aux forums sociaux, leurs ailes gauche ou à ceux qui entendent " changer le monde sans prendre le pouvoir ".
L’explosion du mois d’octobre en Bolivie coïncidant avec l’ouverture d’un processus révolutionnaire remet au centre de la scène mondiale l’Amérique du Sud comme un des maillons faibles de la chaîne impérialiste. Le processus bolivien met en lumière la lente récupération de la subjectivité ouvrière dans ce sous-continent. Deux années après les journées révolutionnaires argentines, les masse latino-américaines reviennent sur l’échiquier en réouvrant la discussion de la révolution comme possibilité réelle.
Dans la première partie de ce numéro, nous analysons les conséquences de la dispute inter-impérialistes entre les principales puissances, le rapport entre les pays centraux et les semi-colonies, la dynamique de la Russie et des pays d’Europe de l’Est, l’émergence de la Chine et les perspectives de résistance pour le mouvement ouvrier et les masses. Nous abordons par la suite la question du caractère soutenable ou non de la croissance économique dans le cadre de la politisation de l’économie et ses conséquences sur la classe ouvrière. Nous présentons également une étude critique des manifestations anti-guerre en Europe et leurs relations avec les forums sociaux et l’idéologie de l’européisme. Puis, nous essayons de tirer les leçons des luttes anti-guerres en Italie en s’interrogeant sur comment lier mouvement de masse, luttes ouvrières et combat anti-impérialiste.
Dans une seconde partie consacrée à l’Amérique latine, nous analysons les premiers mois du gouvernement Lula, puis nous laissons la parole à nos camarades de la Ligue Ouvrière Révolutionnaire (LOR-CI) qui nous livrent leurs premières analyses à chaud de l’insurrection d’octobre. Nous reviendrons par la suite sur l’importance de ces événements à la tête desquels se sont portés travailleurs, paysans, mineurs et classes populaires boliviennes qui du haut des barricades ont tenu tête à l’impérialisme et chassé Sanchez de Losada.
Pour finir, nous présentons deux articles dans la section ‘Tribune Libre’. Trente ans après le sanglant coup d’Etat de Pinochet au Chili, nous publions un article de F. Gaudichaud qui reprend le débat sur l’échec de la " voie chilienne au socialisme ". Nous reproduisons aussi une entrevue réalisée auprès du Conseil d’occupation de Via Adda qui retrace le parcours de la lutte pour le logement et le combat des sans-papiers roms à Milan.
La FT-SI est un courant trotskiste constitué par le PTS argentin, La LOR-CI bolivienne, ERQI au Brésil, Clase contra Clase au Chili, la LTS-CC(U) au Mexique et des noyaux militants en Europe. De même, que notre praxis révolutionnaire nous a fait participer à la récente lutte révolutionnaire en Bolivie, à la grève générale d’août au Chili, aux journées de décembre et au mouvement d’usines occupées en Argentine, aux grèves universitaires de Sao Paolo, à l’occupation de dix mois de l’université de Mexico (UNAM), ainsi qu’aux manifestations anti-globalisation de Prague, Gênes, Bruxelles, nous essayons de reconstruire la théorie marxiste révolutionnaire à la lumière de la lutte de classe présente et passée après plusieurs décennies de révision et falsification staliniennes et réformistes pour qu’elle redevienne une véritable arme pour l’action.
Nous objectif est la reconstruction de la IVème Internationale par le biais de fusion à travers des accords programmatiques principiels. Nous ne nous considérons pas comme " le parti révolutionnaire ". Nous luttons au contraire pour la construction d’un tel parti au sein des masses ouvrières et populaires du monde entier. Nous essayons pour cela de fusionner avec les meilleures expressions du mouvement ouvrier international et le plus avancé de la lutte de classe, ce qui inclus bien évidemment les meilleurs cadres du mouvement trotskiste international. Nous luttons pour un monde dirigé par les conseils ouvriers qui changent intégralement la société, la culture et la vie, qui en finissent avec la répression et l’oppression. C’est pour cela que nous nous donnons comme objectif la lutte pour la révolution ouvrière et socialiste internationale.
Nous espérons que cette revue serve à ouvrir un franc débat avec les militants se revendiquant de la révolution de manière à trouver les chemins qui nous permettent de forger l’arme dont à besoin l’humanité pour se libérer de la barbarie capitaliste : la IVème Internationale reconstruite.